L'ÉVÉNEMENT « ALLER À OUESSANT - VIDÉO SUR L'ÎLE »
« Aller à Ouessant - Vidéo sur l'île » constitue le premier projet d'envergure organisé par l'association Finis terrae sur l’île d’Ouessant. Ce week-end consacré à l’art vidéo (11 et 12 octobre 2008) a été rythmé par une programmation de vidéos de dix neuf artistes de renommées nationale et internationale, une carte blanche à l’association londonienne Tank.tv, la présentation du travail réalisé par Marcel Dinahet durant sa résidence à Ouessant, la projection du film Finis Terræ de Jean Epstein et la diffusion des vidéos des étudiants ayant participé au workshop. Des installations vidéos de trois artistes ont également été présentées dans différents lieux de l’île.


Dans le cadre de cette manifestation, l'association Finis terrae a reçu le soutien du Ministère de la culture et de la communication - DRAC Bretagne, du Conseil général du Finistère et du Conseil régional de Bretagne.
Ce projet a été réalisé en partenariat avec la Mairie d'Ouessant, l'Association des Écoles d'art de Bretagne, la compagnie maritime Penn Ar Bed, la biscuiterie Traou Mad et la Brasserie Coreff.
PROGRAMME DE L'ÉVÉNEMENT
Samedi 11 octobre 2008
Programmation vidéo (sur une proposition de Celia Cretien et Marcel Dinahet)
Sélection d'œuvres ayant trait à la mer, au littoral, à l'insularité...
ARTISTES : Ivan Argote, Taysir Batniji, Julien Berthier, Anne Brodie, Jocelyn Cottencin, Tom Dale, Marcel Dinahet, Anne Durez, Nicolas Floc’h, Olwen Gaucher, Ron Haselden, Ange Leccia, Laurent Montaron, Eléonore De Montesquiou, Marylene Negro, Sophie Nys, Alessandro Piangiamore, Alexandre Ponomarev, Catherine Rannou.
Carte blanche à Tank.tv
Archive et plateforme de la création vidéo basée à Londres, Tank.tv a proposé un choix de vidéos d’artistes internationaux, toujours en écho au contexte de l’île.
ARTISTES : Suky Best, Daniel Gustav Cramer, Constant Dullaart et Anne De Vries, Colin Guillemet, Alex Heim, Sarah et Johanna Hill, Lizzie Hugues, Michael Robinson, Mai Yamashita et Naoto Kobayashi, Andrea Zimmerman.
Séance cinéma
La projection exceptionnelle du film de Jean Epstein Finis Terræ (1929) : l’occasion de revoir ce film pionnier, ou, pour les jeunes générations, de le découvrir dans un contexte original.
Dimanche 12 octobre 2008
Programmation spéciale « Écoles d’art »
Les vidéos produites par les étudiants des écoles d’art de Bretagne pendant le workshop qui s'est déroulé en amont de l'événement ont été présentées au public durant le week-end. En outre, l’association l’Oeil d’Oodaq a diffusé d’autres travaux d’étudiants des Beaux-Arts liés aux thèmes de la mer et de l’insularité.
En continu
Installations vidéo
Trois lieux ouessantins ont accueilli les installations vidéo d’artistes contemporains, toujours en écho au thème de la mer :
NICOLAS FLOC'H, Mer, 1994 - Salle polyvalente
JACQUES MALGORN, Ouessant 1999 + Ouessant 2004 - Office du tourisme
BEAT STREULI, Tamara surfers, 2001 - Mairie de Lampaul






Ouessant, une œuvre de Marcel Dinahet
Le samedi 11 octobre et le dimanche 12 derniers, sur l’île d’Ouessant (Finistère), Marcel Dinahet et Célia Crétien, sous le label de l’association Finis terræ, ont proposé un ensemble de manifestations où se mêlaient séance de cinéma, programmations de vidéos, workshop et promenades. Cette manifestation, il convient d’y insister, si elle trouve son origine dans un projet déjà ancien de Marcel Dinahet, doit autant au travail de curatoring de Célia Crétien, tant en ce qui concerne l’organisation précise qu’un tel événement suppose que par la participation de celle-ci au choix des artistes invités. Toutefois il m’est apparu que ce à quoi j’ai assisté, ce à quoi j’ai participé durant ces deux journées d’un automne exceptionnellement doux et ensoleillé, pouvait également être considéré comme une œuvre de l’artiste Marcel Dinahet, une œuvre dont je me propose - c’est, je crois, le rôle du critique - de tenter de cerner les contours.
D’une certaine manière, on peut définir l’œuvre d’art comme un mix d’espace/temps, un lieu d’intensification de l’expérience individuelle et collective, une opportunité de condensation alternative. Si l’on accepte ce cadre d’étude, l’affaire commence au Conquet (à Brest pour d’autres) au moment où l’on monte sur le bateau qui assure la jonction entre le continent et les îles dites du Ponant, halte obligée à Molène. Dans sa dimension temporelle, l’œuvre s’achèvera le lendemain, une fois le pied reposé sur le plancher des vaches. Considérons ceci comme le cadre du tableau.
Depuis des années, Marcel Dinahet fréquente Ouessant. Il ne prétend certes pas faire partie de ses habitants : îlien on naît, îlien on demeure, mais îlien on ne devient pas. Il s’y rend comme on se rend à l’atelier : pour y travailler. Prendre des images, filmer, photographier, saisir un peu de cette zone de contact entre des éléments qui, ici plus qu’ailleurs, s’imposent sans négociations. L’idée de Marcel, c’était de faire partager à d’autres un peu de cette expérience : à des étudiants d’écoles d’art par le biais d’un workshop, à des artistes par la présentation d’œuvres vidéographiques liées à la mer et au littoral, à tout un chacun enfin, curieux des lieux et de ce qui s’y trouve. En projet : une résidence d’artiste dans l’ancien sémaphore, architecture historique restaurée à cette fin, invraisemblable point de vue sur la mer. Aux Ouessantins tout particulièrement, il souhaitait en retour témoigner de sa reconnaissance et restituer une part de ce qu’il avait reçu ici.
Que s’est-il passé pendant ces deux journées ? Qu’est-ce qui, dans cette circonscription, a constitué ce que je considère comme une œuvre de Marcel Dinahet ? Ceux qui ont souhaité faire de cet événement une simple exposition (de plus), ceux qui sont venus là dans l’espoir de visiter une exposition dans un lieu différent des espaces institutionnels convenus, se sont lourdement trompés. Certes ils ont pu assister à des projections d’œuvres (dont je les laisse juges de la qualité), mais ils ont eu loisir, également, de se promener dans l’île, à pied ou à vélo, d’échanger avec les îliens, de boire des verres aux terrasses des cafés, de dormir enfin. Les paysages qu’ils ont admirés relèvent, certes, du réel immédiat, mais les circonstances dans lesquelles ils sont ici donnés à voir appartiennent également au registre de la représentation puisque aussi bien ils parviennent aux yeux du regardeur par l’intercession d’un artiste qui a rendu cela possible. Ces paysages, de fait, sont implicitement encadrés par les circonstances dans lesquelles ils sont appréhendées et ces circonstances sont produites par une volonté. C’est en cela que l’art conceptuel secrète aussi de la forme. Beaucoup de gens ont pris le bateau : artistes, étudiants, amis, curators, critiques, seuls ou en famille. Outre le programme de vidéos d’artistes concocté par Marcel et par Célia, le point fort de la première journée fut la projection, dans la salle communale de Lampaul, du film désormais mythique de Jean Epstein, Finis Terræ, une œuvre de 1928 où un mince support fictionnel sert de trame à une magistrale étude ethnographique dans laquelle les habitants de l’île jouent le rôle principal. De nombreuses familles, ici, gardent le souvenir, sinon du tournage, au moins de l’un des leurs comme figurants. C’est ceux-là que Marcel est allé chercher. C’est de ces descendants qu’il a fait le portrait vidéographique en quelques plans fixes. C’est cela qu’il a montré en accompagnement et en écho revivifié du film d’Epstein. C’est cet ensemble que nous avons vu ce samedi soir (pendant que l’équipe de France de football arrachait un pénible match nul aux Roumains) dans la salle polyvalente de Lampaul. Nous, et parmi nous, bon nombre de Ouessantins, ceux que Marcel avait filmés, leurs voisins, leurs parents. Et tout ce beau monde s’est retrouvé, au terme de la projection, autour d’un verre, à deviser, à échanger, à témoigner à nouveau, parfois avec émotion, souvent avec humour. Plus tard dans la nuit, nous nous sommes rendus à pied à l’ouest de l’île, près du phare et du sémaphore : La Promenade au phare (sans Virginia Woolf). Le lendemain matin, ils furent encore quelques-uns d’Ouessant à assister à la restitution du workshop des étudiants de Rennes, Brest et Quimper, sous la forme de vidéos réalisées ici, puis à un programme de films proposé par une association d’anciens étudiants de ces mêmes écoles. D’autres œuvres étaient également visibles dans le hall de la mairie ainsi qu’à l’office du tourisme. Il ne s’agit pas pour moi, ici, de rendre compte de ces travaux, encore moins d’en évaluer la qualité artistique ; mais si je prends la peine d’en faire l’inventaire, c’est parce qu’il me semble qu’au-delà de leur existence propre et de leur singularité que l’on pourrait évoquer dans un autre contexte, dans un autre texte, ils fonctionnent également comme éléments, motifs, d’une œuvre plus globale, plus complexe aussi, et dont je tente ici de cerner les contours : l’œuvre physique, sensible et conceptuelle à la fois, homogène autant qu’hétérogène, de Marcel Dinahet, et qu’on peut désormais appeler Ouessant. Un tableau d’aujourd’hui. Un souvenir.
Jean-Marc Huitorel
Novembre 2008