LES RÉSIDENCES D'ARTISTES
Parallèlement au week-end consacré à l’art vidéo, l'association Finis terrae a initié un projet de résidences d’artistes sur l'île d'Ouessant. En 2008, Marcel Dinahet a inauguré ce programme de création en travaillant pendant un mois à l’élaboration de deux oeuvres vidéos. Dans Portraits, l’artiste a filmé, quatre-vingt ans après, les descendants des personnes apparaissant dans Finis terræ de Jean Epstein. La seconde vidéo consacrée aux falaises d’Ouessant a été diffusée à La Criée, centre d’art contemporain de Rennes, du 14 au 26 avril 2009.
Nicolas Floc’h, également retenu pour ce programme, s’installera prochainement en résidence dans le sémaphore du Créac’h à Ouessant.
L’association Finis terrae souhaite poursuivre le travail entrepris sur l'île d'Ouessant en organisant chaque année une programmation de deux artistes en résidence dans le sémaphore du Créac’h. La magnifique île d’Ouessant constitue en effet un cadre idéal pour les plasticiens désirant un lieu calme, isolé et sauvage pour mener une réflexion et développer un projet artistique en lien avec le contexte local si particulier et inspirant.


Ce programme de résidences reçoit le soutien du Conseil général du Finistère.
Dans le cadre du projet « Aller à Ouessant : Vidéo sur l’île », Marcel Dinahet a inauguré le programme de résidences d’artistes d’Ouessant, en travaillant sur l’île durant le mois d’octobre 2008. Il avait d’abord approché ce territoire situé au large de Brest grâce au film Finis Terrae de Jean Epstein ; en 1928, le cinéaste d’avant-garde abandonna les studios parisiens pour tourner à Ouessant avec des acteurs non professionnels jouant leur propre rôle de goémonier. Ce sont les visages, si expressifs, qui ont particulièrement marqué Marcel Dinahet. Quatre-vingts ans après Jean Epstein, il a entrepris de retrouver et de filmer les descendants des acteurs de Finis Terrae. La vidéo intitulée Portraits est le résultat de cette recherche et de ces rencontres finistériennes. L’artiste a interrogé sept personnes - fils, filles, petite fille et arrière petite-fille des acteurs - sur leurs souvenirs et leur relation au film, recueillant souvent des témoignages émouvants, comme cette dame qui n’a connu son père qu’à travers les images de Jean Epstein. Puis Marcel Dinahet a filmé leur visage en gros plan, captant l’expression, les traits et l’émotion vive. L’immobilité et l’absence de son confèrent un caractère solennel à ces personnes, qui rendent un hommage humble à leurs aïeux célébrant à l’écran le métier de pêcheur, aujourd’hui disparu d’Ouessant.
Parallèlement à Portraits, l’artiste a réalisé Falaises, une série de vidéos qui s’inscrit dans la lignée du travail qu’il mène depuis plus de quinze ans : il immerge sa caméra dans l’eau (fleuve, canal ou mer) et la laisse flotter au gré des courants pour créer des images oscillantes, brouillant les frontières entre eau, terre et ciel. Ici, il a plongé au large d’Ouessant et a filmé des falaises en plan assez serré pour qu’on ne puisse apercevoir que l’eau et la roche. Les prises de vues ont été réalisées à différents moments de la journée et lors de marées hautes puis de marées basses, permettant de voir ces paysages maritimes sous plusieurs lumières, couleurs et nuances de gris, bleu, noir, rouge jaune et vert. Depuis ce point de vue et malgré la beauté plastique des images, l’île paraît inaccessible, hostile. Un mur naturel s’élève face à nous, rendant la terre infranchissable ; le mouvement incessant des vagues donne l’impression d’être emporté par les courants. Ouessant est en effet une île sauvage, rude, isolée, aux abords dangereux et son approche demande du temps, de la patience et du respect, pour ses habitants, ses traditions et son environnement préservé.
A travers ces deux œuvres, Marcel Dinahet a su révéler la force de ce bout de terre, abordant de manière subtile son histoire, sa culture et évoquant la fascination qu’elle suscite depuis plus d’un siècle.
Celia Cretien
Mars 2009